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L’hémodialyse sans anticoagulants, l’avenir de la néphrologie ?

30 Mai 2023 / Temps de lecture 5 minutes

Une nouvelle membrane de dialyse permet de diminuer, voire de supprimer, les anticoagulants lors d’une hémodialyse. Une étude est en cours pour évaluer ses bénéfices. Menés sur des patients atteints de TIH, ces travaux pourraient présenter un intérêt pour toutes les situations de dialyse où il faut éviter les anticoagulants.

L’hémodialyse sans anticoagulants, l’avenir de la néphrologie ?

La thrombocytopénie induite par l'héparine (TIH) est une maladie orpheline, qui touche 1 à 3 % des patients exposés à l’héparine, cet anticoagulant d’action immédiate. Lorsque ces patients sont atteints d’insuffisance rénale chronique terminale, des séances d’hémodialyses sont nécessaires.

Problème : les membranes de dialyse (à travers lesquelles se font les échanges entre le sang du patient et le liquide de dialyse) utilisées traditionnellement ne permettent pas de faire de la dialyse sans héparine. Or, il faut à tout prix éviter d’exposer ces patients à l’héparine, au risque de réactiver la réaction auto-immune à l’origine de leur TIH.

Supprimer l’anticoagulation

Un autre anticoagulant non-héparinoïde est donc utilisé : l’Orgaran et ses dérivés. « Mais ce produit a un maniement compliqué, avec un risque rapide de surdosage. Par ailleurs, le coût du traitement est très prohibitif », explique le Dr Guy Rostoker, néphrologue à l’hôpital Claude Galien (Quincy-sous-Sénart, 91).

D’où l’émergence d’une nouvelle membrane de dialyse, Hydrolink®-NV, qui permet non seulement de ne pas utiliser d’héparine, mais aussi de réduire, voire de supprimer, les doses d’Orgaran (ou ses dérivés). C’est cette membrane qu’étudie le Dr Rostoker chez ses patients insuffisants rénaux atteints de TIH.

La TIH, un « modèle de démonstration »

« Les néphrologues essaient depuis longtemps de faire de la dialyse sans héparine. La TIH est un modèle de démonstration. Si vous réglez le problème de la TIH, vous réglez le problème de toutes les situations où il faut se passer d’anticoagulants en hémodialyse : en postopératoire (risque hémorragique au site opératoire), en réanimation, lors d’un hématome extradural ou sous-dural, d’un ulcère gastrique ou duodénal qui saigne, ou encore lors d’anomalies de la coagulation ».

Les patients inclus dans l’étude suivent un protocole fondé sur plusieurs périodes comparatives : la première avec les membranes traditionnelle, la deuxième et les suivantes  avec la membrane Hydrolink-NVU. Lors de la troisième période, les doses de l’anticoagulant Orgaran sont diminuées, voire supprimées. Puis, un nouveau cycle de 12 semaines démarre, avec le dosage déterminé en période 3 (diminution, ou suppression complète de l’Orgaran lors des séances de dialyse).

A l’heure actuelle, deux patients ont déjà bénéficié de ce protocole à l’Hôpital privé de la Louvière à Lille et les résultats sont très encourageants : « Le Dr Hoffmann a pu arrêter toute anticoagulation par Orgaran. Il n’y a pas eu de lourdeur excessive de travail  pour l’équipe infirmière ». Trois nouveaux patients du Dr Philippe Fournier viennent de débuter ce protocole à l’Hôpital Privé de l’Ouest parisien à Trappes.  Des résultats à suivre de près !