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NEWS - RECHERCHES CLINIQUES

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Analgésie post-opératoire : la véritable histoire du cathéter périnerveux à domicile

17 décembre 2019 - Temps de lecture 1 min 15

Il y a environ 12 ans, le Dr Royer, anesthésiste à l’Hôpital privé Sainte Marie (Chalon-sur-Saône), a lancé en France la pose de cathéter périnerveux pour prendre en charge la douleur post-opératoire à domicile après une chirurgie de l’épaule. Histoire d’une procédure qui a révolutionné la chirurgie ambulatoire.

Avant le début des années 2000, il était inenvisageable en France de laisser un patient sortir d’hospitalisation muni d’un cathéter périnerveux après une chirurgie de l’épaule. C’est pourtant une procédure que le Dr Jean-Marc Royer a mis au point avec succès. « Pendant des années, nous réalisions une anesthésie locorégionale. Nous gardions 3 à 4 jours les patients opérés sous arthroscopie, uniquement pour prendre en charge leur douleur post-opératoire avec de la morphine », se souvient l’anesthésiste de l’Hôpital privé Sainte Marie (Ramsay Santé, Chalon-sur-Saône, France). « Nous nous sommes donc demandé pourquoi nous ne les laisserions pas rentrer chez eux. J'ai proposé de poser un cathéter interscalénique dans le cou, entre les deux racines qui innervent l'épaule. Avec un collègue de Dijon, nous avons essayé (1,2) ». Depuis, 12 ans après, les patients sont en mesure de rentrer à leur domicile le soir même de leur opération dans des conditions optimales de sécurité.

 

Plus de 10 000 patients ont bénéficié de cette technique

« Au début, nous tâtonnions », admet le Dr Royer qui rédige actuellement un article sur cette étude. « Maintenant, nous maîtrisons la technique. Mon équipe et moi sommes pratiquement les seuls à la réaliser en France (3) ». Pour l’heure, cette recherche qui est en cours de finalisation a permis à plus de 10 000 patients de retrouver leur domicile avec cathéter périnerveux après une chirurgie de l’épaule, principalement des acromioplasties, une intervention sur la coiffe des rotateurs de l’épaule ou des poses de prothèse d'épaule dans 95% des cas. Pour cela, leurs médecins généralistes étaient prévenus du dispositif et plus de 1000 infirmiers libéraux (IDEL) exerçant partout en Bourgogne-Franche-Comté ont été formés pour assurer le suivi, la surveillance et la sécurité des patients à domicile. « Pour affiner la technique, les IDEL disposent d’un fichier à remplir. Ils doivent indiquer le niveau de douleur des patients, s’ils ressentent des gênes, ainsi que tous les petits incidents qui peuvent arriver ». Très vite, le Dr Royer s'est aperçu que plus de 90% des patients étaient satisfaits. « Nous avons donc continué à pratiquer cette technique qui fonctionne très bien », indique le médecin.

 

Une analgésie sans paralysie motrice

À J2 ou J3, après le passage du pic douloureux (4), l’IDEL retire le cathéter et les patients prennent alors des antalgiques et des anti-inflammatoires prescrits par leur chirurgien. Pendant toute la durée de diffusion de l’anesthésique local via le cathéter périnerveux, l’analgésie est efficace sans qu'il n’y ait de paralysie motrice. « L'intérêt de cette procédure innovante dans la prise en charge de la douleur post opératoire, c’est le retour à domicile sans risque pour le patient, à l’ère de l’ambulatoire. Les effets secondaires sont mineurs (4,5) », indique le Dr Royer. « L'autre gros intérêt est une réhabilitation beaucoup plus rapide. Il n’y a pas l’algodystrophie et le retour à la vie active plus immédiate, ce qui est particulièrement bénéfique pour les personnes qui exercent une activité professionnelle manuelle ». Aujourd’hui, le Dr Jean-Marc Royer dispose de la plus grosse série de cas en France (si ce n’est en Europe) pour cette technique. « Y figurent autant d’hommes que de femmes, âgés de 30 à 90 ans. Il n'y a aucune limite ni restriction ». Aujourd’hui, la technique attire. Elle est promue en France comme à l’Étranger. « Un brillant chirurgien du pied est venu exercer à l’Hôpital privé Sainte Marie pour disposer de la procédure. Désormais, il peut réaliser des chirurgies compliquées en ambulatoire grâce à elle ».

 

Cette étude a été soutenue par la Direction Recherche et Enseignement de Ramsay Santé.

 

Références

(1) IIfeld BM, Vanderborne K, Duncan PW, Sessler D I Enneking FK, Shuster JJ, Theriaque DW, Chmielewski Tl, Spadoni EH, Wright TW. Ambularory continuous interscalene nerve blocks decrease the time to discharge readiness after total shoulder arthroplasty Anesthesiology 2006 ; 105 : 999-1007. DOI : 10.1097/00000542-200611000-00022.

 

(2) Ekatodramis G, Borgeat A, Huledal G, Jeppson L, Westmann L, Sjovall J. Continuous interscalene analgesia with ropivacain 2mg /ml after major shoulder surgery . Anesthesiology, v 98 N°1, Janv 2003. DOI : 10.1097/00000542-200301000-00023.

 

(3) Grant SA, Nielsen KC, Greengrass RA. Continuous peripheral nerve block for ambulatory surgery. Reg Anesth Pain Med 2001 ; 26 : 209-14. DOI : 10.1053/rapm.2001.22256.

 

(4) Chung F, Un V, Su J . Post operative sympoms 24 hours after ambiulatory anaesthesia. Can J Anaesth 1996 ; 43 :1121-7. DOI : 10.1007/BF03011838.

 

(5) Lee LA, Domino KB. Complications associated with peripheral nerve blocks : lessons from ASA claims project Int Anesth Clin 2005 ; 43 :111-118. DOI : 10.1097/01.aia.0000166329.31133.68.