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NEWS - RECHERCHES CLINIQUES

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Tumeurs cérébrales : une cartographie IRM pour guider l’acte opératoire

8 novembre 2021 - Temps de lecture 5 minutes

Une technique spéciale d’IRM permet aujourd’hui de visualiser les faisceaux de fibres nerveuses du cerveau en 3D avant une chirurgie de tumeur cérébrale, et ce, même en présence d’un oedème vasogénique.

La tractographie est une méthode émergente d’IRM du cerveau utilisée pour mettre en évidence les voies neuronales. La reconstruction des faisceaux de matière blanche se base sur la diffusion des molécules d’eau, supposant que l’eau diffuse principalement dans la direction des faisceaux de fibres. « Lors de la planification d’une chirurgie de tumeur cérébrale, nous nous en servons pour localiser les câbles qui relient entre elles les zones fonctionnelles du cerveau auxquelles il ne faut pas toucher », explique le docteur Vincent Lubrano, neurochirurgien à la Clinique de l’Union (Ramsay Santé - Saint-Jean).

 

 

Surmonter les zones d’ombre

« Le problème, c’est que dans le cas des tumeurs malignes avec œdème vasogénique, la reconstruction s’avère difficile à cause des zones d’ombres », poursuit le Dr Lubrano. En effet, quand le tissu nerveux se gonfle d’eau, il met en défaut les algorithmes de reconstruction des fibres, et le chirurgien ne peut alors plus se baser que sur l’électrostimulation sous-corticale peropératoire directe pour repérer les faisceaux fonctionnels.

C’est ce qui a poussé le Dr Lubrano à évaluer dans le cadre d’une étude exploratoire l’adjonction à la tractographie d’une acquisition appelée « NODDI-tract » (pour Indice de densité et de dispersion d’orientation des neurites). « Il s'agit d'un modèle tri-compartimental du tissu nerveux qui permet de reconstruire les fibres en profondeur, y compris dans l’œdème », précise le chercheur.

 

Un calque de neuronavigation

Une fois générée en post-traitement, la reconstruction 3D des fibres est intégrée à la neuronavigation. « Concrètement, elle fonctionne comme un calque », résume le Dr Lubrano. Une fois ce calque en place, le chercheur peut opérer des comparaisons avec le gold standard, la stimulation sous-corticale directe. Son objectif est ainsi d’estimer la sensibilité et la spécificité de la méthode NODDI-tract à reconstruire les faisceaux essentiels.

« Nous allons voir comment le calque s’ajuste. Si là où la fibre est dessinée, nous obtenons une réponse motrice ou langagière à la stimulation, ce sera la preuve que la reconstruction est correcte », détaille le neurochirurgien, rappelant au passage que la précision de la tractographie est de l’ordre du demi-centimètre.

 

Mieux opérer les tumeurs cérébrales

En France, aucune équipe de neurochirurgie n'utilise pour l’instant la méthode NODDI-Tract pour la reconstruction des faisceaux de fibres blanches cérébrales. « Si notre étude confirme que ce protocole est plus sensible et spécifique que la méthode d’acquisition actuelle, nous pourrons l’intégrer à notre pratique routinière », déclare le Dr Lubrano.

La méthode NODDI-tract pourrait revêtir un intérêt majeur dans la prise en charge des tumeurs cérébrales. Sa sensibilité de détection élevée pourrait notamment aider à la sauvegarde des faisceaux essentiels. Elle diminuerait également la durée de l’opération en supprimant bon nombre des stimulations qui guident actuellement le chirurgien lors de l’intervention.

 

Cette étude est soutenue par la Direction Recherche et Enseignement de Ramsay Santé.